Un père et une mère penchés avec bienveillance sur leur bébé dans une chambre lumineuse.
Publié le 15 mai 2024

Contrairement à l’idée reçue, le « gatekeeping » maternel n’est pas un simple besoin de contrôle. C’est le symptôme d’un système parental déséquilibré qui se met en place dès la naissance. La solution n’est pas de « partager les tâches », mais de transférer des blocs de responsabilité complets pour faire du co-parent un co-architecte, et non un simple exécutant. Cet article vous donne la méthode systémique pour y parvenir, en s’appuyant sur le contexte belge.

La scène est familière : maman, épuisée mais hyper-vigilante, reprend doucement la main de papa qui « boutonne mal le body ». Ou peut-être corrige-t-elle la température du biberon déjà testée, ou réexplique pour la troisième fois comment plier la couche. Ce phénomène porte un nom : le « gatekeeping » parental, ou le syndrome de la « gardienne du temple ». La mère, souvent inconsciemment, contrôle et filtre l’accès du père aux soins de l’enfant, le cantonnant à un rôle de simple assistant.

Face à cela, les conseils habituels comme « il faut communiquer » ou « tu devrais lui faire confiance » semblent dérisoires et culpabilisants. Car la réalité est plus complexe. En tant que thérapeute familiale, je peux vous l’assurer : ce n’est pas vous, la mère, le problème. Ce n’est pas lui, le père, l’incapable. C’est le système que vous êtes en train de construire involontairement, sous l’effet de la fatigue, des hormones et de la pression sociale. Cet article ne vous dira pas de « lâcher prise ». Il vous montrera comment déconstruire cette dynamique pour bâtir un véritable co-parenting architectural, où chacun est un pilier indispensable de la nouvelle structure familiale.

Nous allons explorer ensemble des stratégies concrètes et adaptées à la réalité belge. De l’optimisation du congé de naissance à la gestion des désaccords, en passant par le transfert réel des responsabilités, vous découvrirez comment transformer votre duo en une équipe parentale soudée et efficace, pour votre bien-être et celui de votre bébé.

Pourquoi alterner les nuits est plus efficace que de se réveiller tous les deux ?

L’idée de se réveiller à deux pour chaque pleur de bébé part d’un bon sentiment de solidarité, mais c’est une fausse bonne idée. Le résultat ? Deux parents épuisés, fonctionnant à 50% de leurs capacités. L’approche systémique propose une solution plus radicale et bien plus efficace : l’alternance stricte des nuits ou des blocs horaires. L’objectif n’est pas seulement de maximiser les heures de sommeil, mais de créer des « juridictions de compétence » nocturnes. Quand c’est votre tour de dormir, vous dormez. Quand c’est le tour de votre partenaire, il est le seul et unique responsable. Il développe alors ses propres techniques, sa propre confiance, sans l’ombre du regard de l’autre parent.

Cette méthode brise le cycle où le parent « expert » (souvent la mère) finit par intervenir, invalidant les efforts du co-parent. Le parent de « garde » apprend à gérer seul la situation de A à Z : changer la couche, préparer le biberon, trouver la bonne technique pour calmer les pleurs. C’est une formation intensive à l’autonomie parentale. Une étude menée auprès de familles suivies par l’ONE en Belgique a même révélé que cette pratique menait à une diminution de 40% des conflits liés à la fatigue dans le couple. Chaque parent bénéficie ainsi d’un sommeil profond et réparateur, essentiel pour affronter la journée avec patience et énergie.

En somme, alterner les nuits n’est pas un acte égoïste, mais la première pierre d’un co-parenting équilibré, où chaque parent est reconnu comme pleinement compétent et responsable.

Comment optimiser les 20 jours de congé de naissance en Belgique ?

Les 20 jours de congé de naissance accordés au co-parent en Belgique sont une opportunité en or, souvent sous-utilisée. Il ne faut pas les voir comme des « vacances pour aider maman », mais comme un séminaire d’intégration intensif pour le nouveau « co-architecte » de la famille. L’objectif est de maximiser chaque journée pour que, au terme de cette période, le co-parent soit aussi autonome et confiant que possible. Une planification stratégique est donc essentielle, surtout quand on sait que plus de 62% des parents belges estiment manquer de temps pour leurs enfants.

Calendrier mural avec notes colorées dans un intérieur belge typique, ambiance organisée et sereine.

Une bonne stratégie consiste à diviser ce temps en phases. La première semaine peut être consacrée à la prise en charge complète des tâches administratives et logistiques (déclaration à la commune, mutuelle, courses), libérant la mère de cette charge mentale. La deuxième semaine peut être une « formation » accélérée : le co-parent prend les rênes sur le bain, les changes, l’alimentation, sous une supervision bienveillante mais non-interventionniste. La troisième semaine, l’objectif est d’instaurer des rituels durables qui survivront au retour au travail : le co-parent devient le référent du bain du soir, de la promenade de l’après-midi ou du biberon de 18h. Ces rituels créent des points d’ancrage solides pour la relation père-enfant.

En transformant ce congé en un camp d’entraînement au co-parenting, vous investissez dans l’équilibre de votre famille pour les années à venir, bien au-delà de ces 20 jours initiaux.

Biberon ou éducation : que faire quand vous n’êtes pas d’accord sur les principes ?

« Faut-il le laisser pleurer un peu ? », « Ce biberon n’est-il pas trop chaud ? », « Je préférerais qu’on utilise des couches lavables ». Les désaccords sur les principes de soin et d’éducation sont inévitables et sains. Ils révèlent que deux individus, avec leurs propres histoires et valeurs, s’investissent. Le danger n’est pas le désaccord en lui-même, mais la façon dont il est géré. Le transformer en lutte de pouvoir devant l’enfant est délétère. L’approche systémique invite à voir ces moments non pas comme des conflits, mais comme des opportunités de définir la culture de votre nouvelle famille.

Plutôt que de débattre dans le vide, ancrez la discussion dans le réel. Mettez en place un « Conseil des Parents » hebdomadaire de 15 minutes, sans le bébé, pour discuter calmement d’un point de friction. Si le désaccord persiste, testez les méthodes : « Ok, pendant 3 jours, on essaie ta façon de faire pour l’endormissement, et on observe. Puis 3 jours, on teste la mienne. » En cas de doute sur des questions de sécurité ou de santé, l’avis d’un tiers professionnel (pédiatre, consultant de l’ONE ou de Kind en Gezin) permet de sortir du duel d’opinions. Comme le souligne une experte, la cohérence est clé.

Les parents ne sont pas obligés d’être d’accord sur tout, mais il faut s’entendre sur ce qui est important, éviter la chicane devant les enfants et demeurer cohérents pour leur bien-être.

– Diane Dubeau, Professeure et chercheure, Université du Québec en Outaouais

L’objectif n’est pas que l’un gagne et l’autre perde. Il est d’établir un consensus sur ce qui est non-négociable (la sécurité) et d’accepter que sur le reste, deux bonnes manières de faire peuvent coexister. Cette flexibilité est d’ailleurs un cadeau pour l’enfant, qui apprend qu’il y a plus d’une façon d’aimer et de prendre soin.

En fin de compte, s’accorder sur une méthode de résolution des désaccords est bien plus important que de s’accorder sur la température exacte du bain.

L’erreur de reprendre votre partenaire quand il change la couche « mal »

C’est peut-être le geste le plus emblématique et le plus destructeur du « gatekeeping » : la micro-correction. « Le body est boutonné de travers », « Tu n’as pas mis assez de crème », « La couche est un peu trop lâche ». Chaque remarque, même murmurée avec la meilleure intention du monde, envoie un message dévastateur : « Tu ne sais pas faire, je sais mieux que toi, tu n’es pas compétent ». Une consultation de l’ONE a mis en lumière que ces micro-corrections constantes découragent l’initiative future du co-parent. À chaque reprise, le cerveau du partenaire enregistre : « Pourquoi essayer, de toute façon, elle le refera derrière moi ou me dira que c’est mal fait ».

Gros plan macro sur les mains d'un père changeant une couche avec douceur et concentration.

Pour sortir de ce cercle vicieux, il est impératif d’adopter la grille de lecture « Dangereux vs. Différent ». Avant d’ouvrir la bouche, la mère doit se poser cette unique question : « Ce que mon partenaire est en train de faire est-il dangereux pour le bébé, ou est-ce simplement différent de la façon dont je le ferais ? ». Un body mal boutonné est différent. Une couche mise à l’envers est différente. Un bébé laissé sur le ventre pour dormir est dangereux. Le tableau suivant est un outil de décision rapide à garder en tête.

Le tableau ci-dessous, inspiré des recommandations de l’ONE, aide à faire la distinction entre un risque réel et une simple différence de méthode, un point essentiel pour éviter les corrections inutiles et renforcer la confiance du co-parent.

Grille d’évaluation : Dangereux vs Différent
Situation Dangereux Simplement différent
Couche mise à l’envers Non Oui – Aucun risque
Body mal boutonné Non Oui – Question d’esthétique
Biberon trop chaud Oui Non – Intervention nécessaire
Bébé sur le ventre pour dormir Oui Non – Risque MSN

Laisser le co-parent développer sa propre manière de faire, même si elle est imparfaite à vos yeux, est le plus grand cadeau que vous puissiez faire à sa confiance, à votre couple et à la relation qu’il construit avec votre enfant.

Quand instaurer le relais pour que chacun ait 2h de temps libre par semaine ?

La réponse est : immédiatement. Dès le retour de la maternité. Attendre « le bon moment », « quand le bébé fera ses nuits » ou « quand on sera moins fatigués » est un piège. Plus vous attendez, plus il sera difficile de l’instaurer. Ce temps libre n’est pas un luxe, mais une prescription médicale pour la santé mentale du couple parental. Il doit être sacralisé, non-négociable et inscrit dans l’agenda partagé au même titre qu’un rendez-vous chez le pédiatre. L’objectif est de permettre à chaque parent de se reconnecter à son identité d’individu, au-delà de son nouveau rôle.

Ce besoin est criant, comme le confirme une enquête de Partenamut de 2025, qui révèle qu’1 parent sur 5 en Belgique déclare ressentir un mal-être plusieurs fois par semaine depuis l’arrivée de son enfant. Pour que ce temps soit réellement efficace, il faut appliquer la règle du « Zéro Compte à Rendre ». Pendant ces deux heures, le parent qui s’absente n’a aucune justification à donner sur ce qu’il fait (dormir, marcher, voir un ami, ne rien faire), et le parent qui reste avec le bébé est 100% responsable et ne dérange l’autre sous aucun prétexte, sauf urgence vitale. C’est un exercice puissant de confiance et de lâcher-prise pour l’un, et de prise de responsabilité totale pour l’autre.

Commencer tôt, c’est ancrer l’idée que prendre soin de soi n’est pas égoïste, mais que c’est une condition essentielle pour pouvoir bien prendre soin de son enfant et de son partenaire sur le long terme.

Comment transférer la responsabilité complète d’une tâche (et pas juste l’exécution) ?

C’est le point central pour démanteler la charge mentale : la différence fondamentale entre déléguer une tâche et transférer un système de responsabilité. Demander à son partenaire « Peux-tu aller faire les courses ? » est une délégation de tâche. Le partenaire exécute, mais la mère a dû penser à la nécessité des courses, rédiger la liste, et vérifiera au retour si rien n’a été oublié. La charge mentale reste intacte. Le transfert de responsabilité, c’est dire : « Tu es désormais le Ministre de l’Alimentation ».

Cela signifie que le co-parent devient responsable de l’ensemble du processus. Une méthode efficace pour structurer ce transfert est la méthode C.E.R.A. :

  • Cerveau : La planification. Le co-parent doit penser aux menus de la semaine, vérifier ce qui reste, faire la liste des courses.
  • Exécution : L’action. Il fait les courses et range les provisions.
  • Rétroaction : L’observation et l’adaptation. Il note que le bébé a adoré la purée de carottes mais détesté celle de courgettes, et ajuste les plans futurs.
  • Achat : L’anticipation. Il est responsable de racheter l’huile d’olive ou les langes avant qu’il n’y en ait plus.

Cette approche est parfaitement illustrée par l’iceberg du suivi médical en Belgique. « Emmener l’enfant chez le médecin » (l’exécution) n’est que la partie visible. La partie immergée, massive, inclut la prise de rendez-vous, la gestion du carnet de l’ONE, le passage à la pharmacie, les demandes de remboursement à la mutuelle, etc. Transférer la responsabilité, c’est confier l’iceberg entier, pas juste son sommet.

Vue symbolique d'un bureau familial avec deux zones distinctes d'organisation parentale équilibrée.

Votre feuille de route pour un transfert de responsabilité réussi

  1. Identifier les domaines : Listez tous les grands « ministères » de la famille (Alimentation, Santé, Sommeil, Vêtements, Logistique crèche, etc.).
  2. Auditer la charge cachée : Pour un ministère, détaillez toutes les tâches invisibles de planification et de suivi associées.
  3. Attribuer le ministère : Confiez un bloc entier à votre partenaire, en lui transmettant toutes les informations de départ (contacts, logins…).
  4. Définir le succès : Accordez-vous sur l’objectif final (ex: « que le bébé ait des repas sains et variés »), pas sur la méthode.
  5. Instaurer un droit à l’erreur : Acceptez qu’il y aura des oublis ou des ratés au début. C’est le coût de l’apprentissage et de l’autonomie.

Ce n’est qu’en transférant des systèmes complets que vous permettrez à votre partenaire de passer du statut d’exécutant à celui de co-architecte de votre vie de famille.

Comment le toucher affectif donne-t-il confiance au bébé in utero ?

Le co-parenting ne commence pas à la naissance, mais bien avant. Une des méthodes les plus puissantes pour impliquer le co-parent et construire la triade familiale avant même l’arrivée du bébé est l’haptonomie. Très développée en Belgique, cette pratique va bien au-delà d’une simple préparation à l’accouchement. C’est une invitation à un dialogue corporel et affectif entre les parents et le bébé in utero. Par des pressions douces et des contacts sur le ventre de la mère, le co-parent apprend à communiquer avec son enfant, qui répond à ses sollicitations.

Cette interaction précoce a des effets profonds et durables. Des études sur les soins couplés, comme celles mises en avant par des associations comme SOS Préma, montrent que le co-parent qui a pratiqué le toucher prénatal est significativement plus à l’aise pour manipuler, porter et apaiser le nouveau-né. Pourquoi ? Parce qu’une connexion non-verbale est déjà établie. Le bébé, à la naissance, reconnaît le toucher et la voix de ce parent qui faisait déjà partie de son univers sensoriel. Ce « super-pouvoir » apaisant est un atout immense dans les premières semaines, où le co-parent ne se sent pas démuni face aux pleurs, mais au contraire, outillé et légitime.

L’haptonomie transforme ainsi le co-parent d’un spectateur de la grossesse en un acteur central, créant un lien d’attachement qui lui donne une place de choix et une confiance inestimable dès le premier jour de la vie de son enfant.

À retenir

  • Le « gatekeeping » est un symptôme de déséquilibre systémique, pas une faute individuelle de la mère.
  • La solution est de transférer des « ministères » entiers de responsabilité (planification, exécution, suivi), pas des tâches isolées.
  • Chaque micro-correction non essentielle sur une tâche effectuée « différemment » mais pas « dangereusement » érode la confiance du co-parent.

Pourquoi la charge mentale épuise 80% des mères et comment déléguer concrètement ?

La charge mentale, c’est ce travail invisible et permanent de planification, d’organisation et d’anticipation qui incombe de manière disproportionnée aux mères. C’est penser à prendre le rendez-vous chez le pédiatre, savoir qu’il faut racheter des langes de taille 3, anticiper le prochain pic de croissance. Ce fardeau est immense, et les chiffres pour la Belgique sont éloquents. Selon une enquête de la mutualité Partenamut, jusqu’à 72% des parents belges déclarent subir une charge mentale importante liée à la parentalité, un poids qui pèse majoritairement sur les mères.

Cet épuisement n’est pas une fatalité, mais le résultat direct d’un système où un parent est le « cerveau » et l’autre, au mieux, les « bras ». Déléguer concrètement, ce n’est pas distribuer des tâches sur une to-do list, mais bien de répartir les cerveaux. La méthode des « ministères familiaux » est l’outil le plus concret pour y parvenir. Le principe est simple : vous listez tous les grands domaines de gestion de la famille (Santé, Alimentation, Vêtements, Loisirs, Administration…) et vous les répartissez. Chaque parent devient le PDG de ses ministères attitrés.

Pour que cette délégation soit une réussite et non une source de conflit supplémentaire, il est crucial d’appliquer une méthode rigoureuse, et comprendre comment déléguer efficacement est la première étape vers un quotidien apaisé.

Le rééquilibrage de votre système familial commence maintenant. Prenez un moment, non pas pour lister les tâches à faire, mais pour discuter ensemble du premier « ministère » complet que vous pouvez transférer dès aujourd’hui.

Rédigé par Sarah Dubois, Psychologue clinicienne et sexologue certifiée, spécialisée dans les dynamiques de couple, la charge mentale et le développement personnel. 12 ans de pratique en cabinet privé.